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Publié le par Rénover Maintenant 21

Le président de la République a décidé de boucler le dossier des retraites avant l’été 2010 et pour cela il a nommé son chef-comptable, Eric WOERTH au poste de ministre du travail.

Ce dernier a récemment  montré l’étendue de sa réflexion sur le sujet en déclarant au micro de France inter : « Vous êtes quasiment en bonne santé jusqu'à un an ou deux ans avant votre mort », cela donne le ton !

Il ne s’agit pas ici d’apporter des réponses à une question complexe qui a demandé 10 années de réflexion aux suédois pour trouver un consensus, mais d’examiner l’orientation du débat donnée par le pouvoir.

Le constat, tout le monde le fait et le partage.

Nous avons et nous voulons garder un système par répartition. Ce système, né après la dernière guerre mondiale, à une époque où le nombre d’actifs était bien supérieur au nombre de retraités, a été adossé au principe de solidarité intergénérationnelle.

Dans ce cadre, l’espérance de vie augmentant, la part des actifs par rapport aux retraités diminue donc le déficit se creuse.

A partir de là, considérant que les cotisations ne doivent pas augmenter et que les pensions ne doivent pas diminuer, contraintes plutôt louables, le chef comptable en déduit : puisque nous vivrons plus longtemps il nous faudra travailler plus longtemps, implacable !

C’est quand même regarder la question par le petit bout de la lorgnette.

A partir d’un constat partagé, il convient quand même de se poser au moins deux questions qui ont une certaine importance dans la recherche d’une solution :

1ère question : le progrès pour l’individu est-il de travailler plus longtemps ou de profiter, à titre personnel mais aussi pour la société, de ce supplément de vie que nous accorde la science ?

2e question : La société telle qu’elle est organisée aujourd’hui permet-elle d’envisager d’autres pistes que le seul allongement de la durée de cotisation et le principe de solidarité intergénérationnelle doit-il rester intangible ?

 

La lapalissade de monsieur WOERTH nous fait faire un formidable bond dans le passé. Elle  est tout simplement scandaleuse et doit nous interpeller.

Est-ce que nos dirigeants considèrent que les progrès de l’hygiène et de la médecine ne valent que pour nous maintenir au travail et alimenter le système ?

Par ailleurs, l’affirmation par le ministre que l’espérance de vie augmente est fausse. Dans son

bilan démographique 2008, l’INSEE indique que «les gains d'espérance de vie à la naissance sont quasiment nuls en 2008. L'espérance de vie recule même très légèrement chez les femmes ». On constate que l’espérance de vie, pour un homme de  60 ans, a augmenté de 1.8 ans de 1998 à 2005 alors que de 2006 à 2008 elle n’a augmenté que de 0.2 années.

 

De même une étude de l’INED de 2003 constate qu’un ouvrier de 35 ans peut espérer une « vie sans incapacité sensorielle ou physique » jusqu’à 59 ans et ce même ouvrier mourra 6 à 7 ans plus tôt qu’un cadre.

Ces quelques chiffres montrent l’absurdité des arguments du pouvoir face à la question de l’âge de la retraite, mais aussi, et c’est regrettable, de certains camarades socialistes. Ils montrent qu’il ne peut y avoir une règle unique et qu’au-delà des chiffres il y a aussi une question d’équité.

 

A la seconde question, la réponse est non, la société telle qu’elle est organisée aujourd’hui ne permet pas d’envisager d’autre solution que celle suggérée par le pouvoir et ce qui vient de se passer avec la crise grecque le démontre.

Dès lors que le postulat de base est le maintien du gain maximum dans le minimum de temps, que l’on considère que le déficit d’un état, qui n’est autre que la traduction budgétaire d’une politique, est insupportable et qu’il n’est pas question de faire participer à un effort national de solidarité les plus aisés, l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans apparaît comme inéluctable.

 

Il faut ajouter à cela que le lobby des assureurs attend avec impatience que le verrou de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans saute pour s’engouffrer dans la brèche. En effet on le sait les jeunes obtiennent un CDI de plus en plus tard. En repoussant l’âge légal de départ à la retraite à 61, 62 voire 65 ans mécaniquement cela poussera les jeunes les plus aisés, s’ils veulent ne pas travailler jusqu’à 75 ans, compte tenu du système de décote lorsque le départ à la retraite intervient avant l’âge légal, à se constituer un complément à travers un système par capitalisation, par ailleurs extrêmement dangereux. Les autres, les plus pauvres devront, comme aux Etats-Unis, continuer à travailler au-delà de 75 ans, simplement pour survivre !

 

Les solutions esquissées par le pouvoir à travers les déclarations de tel ou tel membre de la majorité ou de ces « experts » toujours prompts à intervenir dans les médias ne sont que des mesurettes destinées surtout à préserver les intérêts d’un capitalisme  financier moribond.

Les véritables solutions passent inévitablement par un changement radical de modèle économique.

Publié dans LES RETRAITES

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