CULTURE DU RESULTAT ET SECURITE PUBLIQUE

Publié le par Rénover Maintenant 21

Samedi 23 juin 2007 : Nelson, 14 ans, est renversé sur un passage piéton à Marseille par une voiture de police qui, selon des témoins, roulait à vive allure, sans gyrophare en remontant la file de voitures arrêtées au feu rouge, il décède le lendemain.
Jeudi 9 août 2007 : Ivan, 12 ans, fait une chute du 4ème étage de l’immeuble, à Amiens, où il habite avec ses parents en voulant suivre son père qui veut échapper à la police venu le chercher parce que sans papier: il est entre la vie et la mort.
Ces deux évènements survenus à 2 mois d’intervalle n’ont apparemment aucun lien, et pourtant.
Déjà, ministre de l’intérieur, monsieur SARKOZY avait instauré dans la police nationale la culture du résultat, en clair, l’efficacité des policiers ne serait plus mesurée qu’en termes quantitatifs, le qualitatif étant laissé de côté.
Récemment, le ministre devenu président de la République a réitéré cette volonté en adressant à sa ministre de l’Intérieur, une lettre de mission fixant les objectifs de la police, là aussi du strict point de vue quantitatif.
Le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement a lui aussi des objectifs chiffrés en matière de lutte contre l’immigration clandestine et de reconduite aux frontières des sans-papiers.
Dans la feuille de route pour la ministre de l’Intérieur,le président et son premier ministre insistent « … sur le fait qu’un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel »
La chose est claire, le président de la République est entré en campagne pour 2012 le 16 mai dernier et les promesses qu’il a faites, en particulier en direction des électeurs du F.N., devront être tenues coûte que coûte.
Cette culture a des effets pervers et peut provoquer des dérives.
La promotion, la rémunération, la reconnaissance par les institutions et la population de l’ensemble des acteurs de la chaîne politique, policière et judiciaire seront donc fonction de leurs résultats et leur comportement induit par cette stimulation peut être néfaste.
Le procureur d’Amiens souligne qu’ "il n' y a eu aucun contact physique" entre les fonctionnaires de police et le jeune Ivan, il a sûrement raison le brave procureur, mais il n’a pas envie de mécontenter sa hiérarchie qui elle-même est sous l’œil de la Garde des Sceaux, qui elle-même est jugée par le président de la République et veut qu’il réussisse etc…
Mais cette explication des faits de la part du procureur est un peu primaire.
Il ne faut certes pas incriminer les policiers eux-mêmes, ils font leur métier, un métier difficile qui demande beaucoup de discernement, de sans froid et de psychologie.
L’introduction de la culture du résultat dans l’accomplissement des missions de la Police Nationale fait peser sur les hommes une pression telle qu’elle conduira inévitablement à d’autres drames et risque d’éloigner encore plus la population de ceux qui son là pour les protéger et assurer leur sécurité. Faut-il rappeler l’article 12 de la Constitution : « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée »
photos Reuters

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