Cinq idées pour des primaires au PS

Publié le par Rénover Maintenant 21

Nous venons de remettre un rapport à Martine Aubry pour des «primaires ouvertes et populaires de toute la gauche». Le débat est lancé. Nous voudrions répondre aux interrogations et critiques qui se font jour. La primaire, alpha et oméga de la rénovation de la gauche ? Certes pas. L'essentiel, c'est de proposer un projet d'avenir aux Français. Mais il n'est pas interdit de se demander pourquoi nous en avons été incapables jusqu'ici. 2002 - 2009 : sept ans de malheur, beaucoup de vaisselle brisée, mais pas de projet socialiste... Notre conviction, c'est que la crise actuelle de la gauche française est avant tout une crise de leadership. La succession de Lionel Jospin n'est toujours pas assurée. Contrairement à la droite, aucun leader «naturel» ne s'est imposé. Nous avons des candidats au leadership, mais les institutions actuelles du Parti socialiste ne permettent pas de choisir entre les compétiteurs. C'est une situation unique : tous les autres partis de gouvernement au monde ont des procédures qui leur permettent de désigner un leader «légal». Pas le Parti socialiste. Face à cette réalité, il y a l'option habituelle : ne rien faire. Les conséquences, nous les connaissons, nous les avons déjà vécues dans la période précédente : une primaire sauvage et permanente.

La bataille des egos n'est pas liée à la primaire, mais au contraire à l'absence de procédure de régulation qui exaspère la compétition au lieu de favoriser les convergences indispensables. Elle paralyse toutes les fonctions du parti, et notamment le projet. Et à la fin de la séquence, comme il faut bien se choisir un candidat, on négocie à chaud les règles de la primaire, dans la précipitation et le rapport de forces des intérêts personnels des candidats. Résultat : la primaire de 2006, verrouillée, trop tardive, trop aseptisée, et oublieuse d'une procédure de rassemblement autour du vainqueur. On ne doit pas se résigner à ce statu quo perdant. Tel a été notre objectif : élaborer des règles de désignation du candidat à la présidentielle qui nous donnent les meilleures chances de gagner. En voici les grands principes :

. Une primaire ouverte aux sympathisants. L'idée est que la dynamique - électorale, militante, démocratique - offerte par quatre millions de votants, comme lors de la primaire italienne pour Romano Prodi en 2004, est infiniment supérieure à celle conférée par les 150 000 militants socialistes qui ont investi Ségolène Royal en 2006.

2. Une primaire proposée aux partis progressistes qui le souhaitent. L'objectif est de remédier à la fragmentation du camp progressiste et d'éviter le risque de dévisser au premier tour, comme en 2002. C'est quand même bien le moins que de se tourner vers nos alliés. Ils choisiront mais nous aurons fait notre devoir.

3. Une primaire organisant une vraie compétition. L'idée est de choisir «le ou la meilleur(e)», c'est-à-dire celui ou celle qui a le plus de chances de gagner la présidentielle.

4. Un accès élargi à toutes les candidatures légitimes. En 2006, un Barack Obama français n'aurait pas pu émerger - il n'aurait même pas pu concourir. Le processus peut toujours être allégé, mais l'objectif demeure.

5. Un dispositif de clôture, centré autour d'un congrès extraordinaire de désignation, garantissant le rassemblement autour du vainqueur. Mais il faut le faire dès maintenant. C'est une nécessité pour la qualité de la primaire. La codification doit se faire à froid, tant que le voile d'ignorance existe sur les intérêts personnels des candidats potentiels. Elle doit se faire à temps : faire voter quatre millions de personnes, sans l'aide de l'appareil d'Etat, ce n'est pas une mince affaire et cela nécessite une longue préparation technique et le maximum de loyauté déontologique si l'on veut un succès. C'est aussi une nécessité pour le projet. La codification de la primaire permet d'externaliser les enjeux de personne dans une procédure régulée et calée dans le temps (2011). Elle «libère» ainsi la réflexion de fond. Cette réflexion doit rester libre, créatrice, ouverte. Le patrimoine collectif dans lequel les candidats viennent puiser. Et il reviendra à la primaire de trancher, non pas simplement entre les personnalités dans le cadre d'un «concours de beauté», mais aussi entre leurs options politiques.

Ces principes - et les propositions techniques qui les déclinent - sont des propositions. Elles ne sont pas à prendre ou à laisser en bloc. Elles sont versées au débat. Il revient à la direction du PS de les trancher et de les porter devant tous les adhérents. Faisons-le maintenant et passons rapidement au projet.

Par EMERIC BRÉHIER premier secrétaire fédéral, Besoin de gauche, JEAN-PIERRE MIGNARD président de Désir d’avenir, ARNAUD MONTEBOURG secrétaire national du PS à la rénovation., CHRISTOPHE CARESCHE député, Pôle écologique, OLIVIER FERRAND président de Terra Nova
Publié dans Libération du 21 juillet 2009

Publié dans RENOVATION

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Maurice-Alain Baillergeau 31/07/2009 17:56

Montbourg et Ferrand sont plein de qualités et leur avenir n'est pas morose, mais je pense qu'ils ne voient pas la révolution que le PS doit faire.Que dirait-on si l'appel du 18 juin 1940 parlait de l'organisation des transports hippomobiles ?Il n'est pas de domaine où les insatisfactions ne soient immenses à commencer par celui de la création des emplois plus importante que leur disparition, car matrice de l'espoir des gens.Ce que disent Montbourg, Ferrand et les autres? on n'en sait rien , on n'entend pas ou c'est une redite.C'est dur, d'entendre cela ? Il va falloir que les militants de gauche soient durs avec leurs chefs, comme des gens de droite. 

Jean Rambert 27/07/2009 02:30

Votre argumentation me semble solide et je serais prêt à vous suivre, si je ne me posais pas la question suivante :Si la focalisation sur le leadership cachait la trouille d'aborder les choix essentiels qui pourront toujours continuer à pourrir dans l'ambiguïté dont certains de nos chefs furent les maîtres ?

Rénover Maintenant 21 27/07/2009 14:23


"La trouille d'aborder les choix essentiels" existe, c'est même ce qui nous a conduit là où nous sommes!
C'est pourquoi le rapport MONTEBOURG-FERRAND prévoit que les candidats aux primaires devront indiquer quelle est la ligne politique dans laquelle ils inscrivent leur candidatiture et leur
projet, c'est à dire faire ces choix essentiels.