« Un désastre économique » - Est Républicain, vendredi 24 février 2006

Publié le par renover.maintenant 21

Député de Saône-et-Loire, au pays du poulet de Bresse, Arnaud Montebourg se montre «très réticent » sur la vaccination des volailles.

Le gouvernement met-il tout en oeuvre pour enrayer une éventuelle épidémie de grippe aviaire ?
Sur le plan sanitaire, nous sommes confrontés à des oiseaux migrateurs d'Afrique et d'Europe centrale qui circulent au-dessus de nos territoires et risquent d'infecter nos élevages. Pour l'instant, fort heureusement, la maîtrise semble totale et c'est un bien.

Et sur le plan économique ?
C'est un désastre. Les élevages en plein air sont touchés de plein fouet. L'opposition n'a jamais critiqué la portée des mesures sanitaires, pourvu qu'il y ait des compensations économiques. Le gouvernement a pris des mesures excessivement restrictives depuis trois mois, car aucun cas ne s'était déclaré en Europe occidentale, ni en Scandinavie ou en Europe de l'est. Aujourd'hui, une filière déjà à genoux se trouve face à des risques réels. Nous avons déjà épuisé nos forces de résistance économique au moment où nous devons durcir les mesures sanitaires. Le principe de précaution a été mal utilisé depuis trois mois, sans aucune mesure sérieuse de soutien aux cours et au prix du marché.

« Chômage en hausse »

Les conséquences économiques se font-elles déjà sentir dans la zone d'appellation contrôlée du poulet de Bresse ?

Oui. Les éleveurs ne sont pas les seuls touchés. Les abattoirs, les industries de transformation sont aussi concernés. Dans ces entreprises, des salariés en CDD et en intérim ont été mis à la porte. Ils n'ont aucune perspective pour le moment. La précarité est leur lot quotidien et le chômage partiel ne sera pas pris en compte pour eux. A l'ANPE de Louhans, le chômage a déjà augmenté de 14 %.

Craignez-vous que les volailles enfermées ne répondent plus au cahier des charges des labels et de l'AOC du poulet de Bresse ?
Cette AOC concerne une partie du Jura, de l'Ain et de la Saône-et -Loire. Jusqu'à présent, elle a obtenu une dérogation au confinement. Nous ne savons pas aujourd'hui ce que le gouvernement propose pour résoudre l'incompatibilité de l'enfermement avec le cahier des charges de l'AOC. Les professionnels eux-mêmes hésitent entre vaccination et filets de protection sur les parcours des oiseaux migrateurs. Ces derniers sont extrêmement coûteux et en même temps aléatoires. Nous recherchons actuellement une solution.

Etes-vous favorable à la vaccination de toutes les volailles ?
Une partie de la filière préconise cette solution, mais la vaccination est coûteuse - 1€ par vaccin - et cela renchérirait les coûts de production. Des pertes à l'exportation considérables sont à redouter. Avec la vaccination, nous sommes confrontés à un dilemme : le prix à payer à l'exportation paraît trop élevé par rapport aux avantages que nous retirerions du marché intérieur. En l'état, je suis très réticent sur la vaccination, parce que nous ne maîtrisons ni sur le plan économique ni sur le plan sanitaire les conséquences de ce choix.

Propos recueillis par Patrick PEROTTO

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