LA LAICITE EN QUESTION

Publié le par Rénover Maintenant 21

Le tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage car la mariée n'était pas vierge. L'ayant caché à son époux et ce fait étant très important à ses yeux, le mariage a pu être annulé. En termes juridiques, cela s'appelle « erreur sur les qualités essentielles »

Après le discours de Latran, les affirmations du président selon lesquelles aucun prof n'éduquerait aussi bien qu'un curé, la hausse du financement aux établissements privés, la laïcité prend un nouveau coup.

Le combat pour les droits des femmes ne semble plus être un concept moderne. On taxe ceux et celles qui s'en préoccupent de ringards soixante huitards attardés :être féministe  aujourd'hui est devenu un gros mot.

Ces combats d'arrière-garde doivent redevenir combats d'avant garde.La laïcité qui est le terreau de notre république doit être expliquée, défendue, revendiquée plus que jamais.

Si l'on prend en compte l'argument de la non-virginité, ce serait alors qu'un argument de type religieux (car qui sinon certains croyants revendiquent la virginité avant le mariage) viendrait supplanter un acte solennel rendu par un représentant de la république.

Pourquoi ne pas dire à ce monsieur insatisfait qu'il peut utiliser la loi qui permet de divorcer ou de se séparer ? Comment un tribunal peut accepter que la non-virginité soit une erreur ?

Devra t-on bientôt annuler les mariages quand un homme ou une femme se rend compte qu'on l'a « trompé sur la marchandise », si je puis dire ?

Et toutes les femmes à qui leur mari ont promis monts et merveilles pourront-elles annuler leur mariage pour cause d ‘ « erreur dans la personne ou sur des qualités essentielles » ?

Découvrant que son conjoint ou sa conjointe est décidément trop stupide, on pourra annuler son mariage !

Nous semblons bien être dans une période de régression.

Régression des libertés (plus le droit de fumer dans les lieux publics). Régression des droits (on nous fait croire qu'on gagne en droits en travaillant plus pour consommer plus). Régression des valeurs qui sont les nôtres et dont la laïcité est sans doute la plus à même d'être appliquée.

En effet, on peut se demander ce que c'est que la liberté, où elle commence et où elle finit. On peut se demander ce que c'est que l'égalité et surtout comment y tendre  quand certains sont plus égaux que d'autres comme disait Coluche. On peut se demander ce que c'est que la fraternité quand on voit les actes racistes, la discrimination qui sévit.

Mais la laïcité semble (semblait) être une valeur aux contours stables, on sait ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas.

Annuler un mariage parce que la mariée n'était pas vierge et « qu ‘elle l'a avoué »nous dit-on, comme si c'était un crime, n'est-ce pas laisser le religieux prendre une  place qui n'est pas la sienne. Si l'Etat n'exerce aucun pouvoir religieux, les Eglises  sont censées n'avoir aucun pouvoir politique (c'est-à-dire aucun pouvoir sur la vie de la cité). Annuler l'union légitime de deux personnes dans les conditions prévues par la loi pour une « erreur' , reconnue comme telle seulement dans un cadre religieux, n'est-ce pas porter un coup à la séparation de la société civile et de la société religieuse ? 

Parmi les « erreurs » citées comme exemple d'annulation, on trouve beaucoup de cas qui relèvent de mensonges faits à l'autre mais aussi à l'Etat. Dissimulation d'un divorce, d'une nationalité ou d'une mesure de curatelle, ces mensonges le sont aussi au regard de la loi. Ce sont des faux en écriture en quelque sorte (reste à savoir si le conjoint l'apprend le jour du mariage à la lecture de l'état civil ou après ; est-ce possible de dissimuler de telles choses de manière administrative ?oui d'après ce que je comprends des cas d'annulation).

L'autre « erreur » citée concerne « l'aptitude à avoir des relations sexuelles normales ».

Et déjà dans ce cas-là, l' »erreur » pose problème.

Qu'est-ce que la « normalité » en matière  de sexualité ?

Un mari pourrait-il faire annuler un mariage car sa femme refuse de pratiquer telle ou telle position ?

Une femme pourrait-elle faire annuler son mariage car son mari ne trouve pas son point G ?

Que de mariages à annuler alors !

On peut espérer que dans une société moderne, les époux ont découvert avant le mariage leurs pratiques sexuelles.

De même que ces pratiques, la virginité doit rester quelque chose d'intime qui ne regarde en rien la loi.

Si la virginité est essentielle pour certains, cela relève de leur morale ou de leur croyance personnelle. 

Et même si on pousse le raisonnement : imaginons qu'au nom de «  l'héritage de notre civilisation », on affirme que la virginité avant le mariage fait partie de la tradition judéo-chrétienne et qu'en tant que telle, elle doit être acceptée -argument peu convaincant, mais on peut s'attendre à tout et ce, pendant encore au moins quatre ans-.

Imaginons cela. Mais alors comment fait-on pour prouver la virginité de l'homme ?car si le drap maculé de sang est une preuve exposée au petit matin, il est impossible de vérifier la même chose chez l'homme.

Aucune femme ne pourra jamais prouver que son époux n'était pas vierge. Sans doute qu'aucune femme n'aurait une idée aussi saugrenue mais bon...

La porte est ouverte. À l'époque où l'on cherche à réduire les inégalités entre hommes et femmes, ce jugement semble bien aller contre les droits des femmes.

Contre les droits des femmes à disposer de leur corps, contre les droits des femmes à avoir les mêmes droits que les hommes. 

Il s'agit bien aujourd'hui pour nous socialistes de défendre les valeurs qui fondent notre identité. 

Céline MAGLICA, secrétaire fédérale à la laïcité, chargée de la thématique laïcité au sein de la section Jean Jaurès de Dijon

Publié dans ACTUALITES

Commenter cet article